Concert Sandra Nkake Tangerine Moon Wishes à Thouars le 18 novembre 2017

18 samedi novembre 2017

20h30

Pôle Culture Tyndo

5.80 €

Plus d'infos sur le concert Sandra Nkake Tangerine Moon Wishes à Thouars

Samedi 18 novembre, 20h30, Tyndo, 6 rue du Président Tyndo, 79100 Thouars

Sandra NKAKE, vocals glockenspiel

Ji Dru, flûte, voix

Tatiana Paris guitare voix

Kenny Ruby basse, voix

Mathieu Penot batterie

Avec "Tangerine Moon Wishes", Sandra Nkaké décroche la lune

Par Louis-Julien Nicolaou, Les Inroks:

Avec son troisième album, Sandra Nkaké se risque à la mise à nu avec une classe désarmante.

C'est la voix, grave, très voilée, qui surprend d'abord. On a beau l'avoir écoutée souvent, au point de la croire familière, on s'étonne encore d'un timbre aussi profond dans la conversation ordinaire. Au reste, la grande femme volubile et aux traits comme affinés par une entière franchise sait nous mettre à l'aise immédiatement. On commencera par parler des enfants, les siens, les nôtres, l'organisation que cela suppose, les défis qu'ils représentent, pour eux, pour nous... Et voilà qu'en moins d'une minute, on croit s'adresser à Sandra Nkaké comme à une connaissance de longue date.

Un engagement corps et âme

C'est que la chanteuse ne dissimule rien, sans faire pour autant preuve de la moindre impudeur. Simplement, sa démarche artistique est constamment reliée à ses interrogations, doutes, désirs et incertitudes. Parler de ceux-ci, c'est déjà évoquer celle-là. "Pour moi, il n'y a pas de cloison entre l'artiste et la personne explique-t-elle. Quoi que tu fasses, la voix te raconte dans ton intimité. " Impossible de ne pas le constater à l'écoute de Tangerine Moon Wishes, le troisième album de Sandra, c'est même d'une telle évidence, d'une telle transparence, que l'expérience peut troubler. Il y a là un travail qui dépasse le strict cadre de la composition et, plus généralement, de la production habituelle. Un travail du son, de l'espace, un engagement du souffle, du corps et de chaque instrumentiste dont on devine qu'il a dû s'inscrire dans une démarche bien spécifique. De fait, Sandra nous confirme que c'est au plus profond d'elle-même qu'est née la nécessité de ce disque.

"J'avais envie que l'album reflète l'étape où j'en suis dans ma vie : prendre le temps d'apprécier le fait d'être en vie, être disponible pour soi et pour les autres, lire, se balader, s'ennuyer même... Prendre du recul sur son parcours, pouvoir se dire : 'Tu n'es pas un être humain parfait et c'est ce qui est génial. Apprends à t'aimer avec tes défauts, tes aspérités, ta sensibilité aussi...' La carapace que je m'étais construite m'a protégée pendant longtemps mais a aussi empêché le pioupiou de sortir. Je suis quelqu'un d'assez mélancolique, qui pleure facilement... J'avais envie de dire en musique qu'on a le droit d'être fragile, bancal."

Tout se cristallise à l'instant où son complice depuis 15 ans, le flûtiste et compositeur Jî Drû, lui demande quelle sera l'idée générale du prochain album. Sandra ne sait répondre que par un geste ample, mimant une immense respiration. "D'accord, on y va", lance aussitôt Jî Drû. Merveilleuse réponse, toute simple, mais que Sandra reçoit comme un don. Abandonnant leurs compositions des mois précédents, le duo décide de s'inspirer de mots-clés, "souffle", "voix", "intimité", "bivouac", "mise à nu" et conçoit un arrière-plan que Sandra décrit comme "un parcours entre le moment où le soleil se couche et celui où la lune se lève. "

Jouer sans filtre

La chanteuse prend ensuite la décision de produire elle-même le disque, afin de jouir d'une entière liberté tout au long de sa conception. Réunis au studio Midilive, à Epinay, elle et ses quatre musiciens (Jî Drû à la flûte, Tatiana Paris à la guitare, Kenny Ruby à la basse et Thibaut Brandalise à la batterie) ne se quitteront pas et joueront en direct, sans filtre, les émotions à vif.

"Je voulais un moment très ramassé, se rappelle Sandra, organique, sensible, que ce soit dans une temporalité qu'on gérerait tous ensemble dans le studio, qu'on puisse se voir, entendre nos respirations, des frottements de vêtements... Que ce soit brut, fragile, sans clic, sans montage, avec des accidents. On a même gardé des improvisations. "

Le dernier instant de Tangerine Moon Wishes, album tout à fait singulier dans ses nudités et ses partages, ses enchantements et "dé-chantements" ("Je voudrais pouvoir déchanter", nous avouera Sandra, entendant ainsi ne plus se mettre au service que "de la chanson et de l'émotion") est ainsi constitué par une de ces improvisations. On y entend un coeur qui bat, et la voix qui murmure, comme pour ne pas conclure : "Je suis libre. " Cette sincérité absolue qui emplit l'album, on l'aura retrouvée dans le moindre propos de Sandra Nkaké, personne étonnante, qui souhaite ne plus obéir à la moindre injonction extérieure et donne ainsi à son geste artistique, créateur d'un lieu autre où l'on serait plus soi, une grande pureté.

"On vit dans un monde très normé qui décide pour nous de la manière d'être une femme, d'être un homme etc., déclare-t-elle pour finir, mais en fait, on peut aussi envoyer tout valser pour créer notre propre espace. Cet album, c'est moi, c'est nous.